La pâtisserie des rêves

Il était une fois dans une petite ville, au fond d’une petite ruelle, une petite échoppe.
Une petite boutique de rien du tout qui ne se distinguait pas des autres et qui passait totalement inaperçue au regard du plus grand nombre.
C’était une petite pâtisserie au sein de laquelle, les habitants du quartier venaient, de temps en temps, prendre un gâteau un jour par ci par là.

La vitrine était toujours presque vide car le pâtissier ne fabriquait pas beaucoup de gâteaux et encore moins de biscuits.
C’était une petite boutique terne en apparence et l’intérieur l’était tout autant…
L’intérieur était gris, entièrement grisâtre… Pas un tableau, pas une seule touche de couleurs, pas de photos et aucunes décorations… Même pas de petits rideaux pour égayer un peu cette vitrine toujours presque vide…
Bien triste pour une pâtisserie dans laquelle, on imagine milles couleurs et mille saveurs…

Des gâteaux à la crème un peu top raplapla, des sucettes aux couleurs tristounettes et quelques biscuits un peu trop sec.
Et le pâtissier…
Il n’avait pas meilleur mine que sa boutique…

Tout maigre avec les cheveux trop court et une paire de lunette trop grande, sans parler de ses oreilles.
De véritables feuilles de chou.
On ne voyait d’ailleurs que cela.
Des feuilles de chou sur lesquelles avait poussé un visage.
Et ce pâtissier avait toujours l’air triste.
Il ne semblait pas très heureux dans cette petite pâtisserie terne et tristounette…

Mais chacun sait qu’il ne faut jamais croire ce que l’on voit et les enfants du quartier ne le savaient que trop bien…
C’est ce qui les poussait à se presser après l’école à venir à la rencontre de ce pâtissier à l’air toujours triste…
Cette petite échoppe avait un petit quelque chose invisible au regard du plus grand nombre…

Ainsi, des enfants entraient en riant et en gloussant dans la boutique et filaient en courant dans l’arrière boutique sans même se soucier des rares clients qui venait s’approvisionner en gâteaux à la crème un peu trop raplapla, en sucettes aux couleurs tristounettes et en biscuits un peu trop sec…

Et lorsque le grand rideau aux couleurs ternes était franchit, on ne les entendait plus du tout.
Pas un son ne franchissait ce grand rideau épais.
Tout ce petit monde semblait happé dans l’instant vers un ailleurs lointain ou devenait complètement muet.

Le pâtissier à l’air tout triste raccompagnait toujours ses clients à la porte afin de s’assurer qu’ils quittaient bien la boutique car il cachait un secret.
Un très grand secret.
L’un de ceux que l’on ne dévoile à personne. Jamais au grand jamais.

Il se dirigeait à son tour d’un pas maladroit vers ce grand rideau et après l’avoir franchi, contemplait le spectacle qui s’offrait devant lui.

Des dizaines d’enfants tous aussi muets les uns que les autres.
Des enfants de tous âges assis autour d’une grande table d’un blanc brillant immaculé, assis sur des chaises aux milles couleurs de formes et d’apparence fabuleuses et ressemblant parfois à des bonbons sucrés torsadés.

Les murs aux couleurs chatoyantes de l’arrière boutique étaient recouverts de dentelles, d’images de fruits merveilleux, de confiseries venant de toutes les pâtisseries du monde.

Ça et là, dans la pièce, on trouvait une fontaine de chocolat, une machine à guimauve qui ne s’arrêtait jamais, de la crème chantilly onctueuse à souhait, de grandes coupes en argent remplies de confiseries de toutes sortes.

Il y en avait assez pour tous les enfants du monde et même plus encore.
Des caramels, des bonbons acidulés, des bonbons mous, durs, pas trop mou, pas trop dur, des longs, des petits, des moyens…

Et les formes…
Des ronds, des carrés, des triangles, ovales avec des trous, en étoile, en rectangle et même plus encore…

Il suffisait de plonger la main dedans pour se régaler…
Et les gâteaux !
Car il y avait aussi beaucoup de gâteaux !
Et de toutes sortes !
A la crème rose ou verte, ou bleue, ou violette ou de n’importe quelle couleur.

Et les biscuits !
Des pyramides de biscuits !
Des secs, des moelleux, des tendres, au goût de violette ou de caramel ou de chocolat, noisettes, noix de macadamia et même plus encore…

Et les glaces ! Et les sorbets ! Et les sirops ! Et les tartes pour ne pas les oublier…
Et de toute façon je crois que j’en oublie car il y en avait tellement…

Cette arrière boutique était grande à n’en plus finir, et le plafond était haut qu’on en aurait cru que c’était le ciel…

Et ce pâtissier aux grandes oreilles qui contemplait le spectacle qui s’offrait à lui avant de s’approcher de chaque enfant.

Et le rituel était toujours le même…
Tous deux se regardaient droit dans les yeux avec un immense sourire et à cet instant, on pouvait voir les feuilles de choux de notre pâtissier à l’air plus du tout triste s’animer…
Ses grandes oreilles bougeaient toute seule.
Elles écoutaient les souhaits de chaque enfant, de tous ces petits ventres gourmands qui rêvaient de saveurs sucrées aux couleurs du monde.

Et aussitôt entendu, le pâtissier courait en tous sens pour satisfaire la moindre gourmandise de ces enfants…
Il n’y avait jamais un souhait qui ne fût pas exaucé dans l’instant.
Tout ce que l’on pouvait désiré se trouvait ici dans cette grande pièce à n’en plus finir ou les odeurs nous chatouillaient les narines.

On n’entendait que le bruit des cuillères, des assiettes, des rires, des humm, des mm mm et des chuchotements.
Et lorsque venait pour les enfants le temps de rentrer chez eux, ils recevaient tous un petit sachet à ouvrir avant de s’endormir des mains du pâtissier.

Un petit cadeau que l’on ne reçoit qu’une seule fois dans toute une vie.
Un petit sachet contenant un peu de poussière d’étoile.
C’est en tout cas, ce que leur disait le grand pâtissier en leur précisant bien qu’il ne fallait l’ouvrir qu’une fois dans son lit juste avant de s’endormir…

Ainsi, lorsque le dernier enfant quittait la pâtisserie, un sourire béat jusqu’aux oreilles, la petite échoppe, éteignait ses lumières et sombrait lentement dans l’obscurité jusqu’au lendemain matin.

Le soir venu, les enfants, juste avant de s’endormir, sortaient le petit sachet de poussière d’étoile qu’ils avaient caché sous leur oreillers et l’ouvraient délicatement.
A cet instant, leur visage s’illuminait durant quelques instants et après un sourire béat jusqu’aux oreilles, ils plongeaient instantanément dans le sommeil le plus profond.
Ils auraient oublié à leur réveil que cette pâtisserie existait quelque part mais continueraient à en rêver chaque nuit…

La poussière d’étoile s’envolait alors dans la pièce avant de filer par la fenêtre et s’envoler haut dans le ciel.
Ailleurs quelque part dans la ville, venant du haut du ciel, descendait une fine poussière d’étoile qui, par la fenêtre se faufilait, venant se glisser sous les draps pour diffuser un message à un enfant qui sommeillait en plein rêve.
L’enfant rêvait alors que dans la ville, se trouvait un lieu magnifique, un endroit magique au sein duquel, on entendait que le bruit des assiettes, des rires, des humm et des mm mm et des chuchotements.

C’était une petite pâtisserie.
La pâtisserie des rêves…

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